Une approche pragmatique fondée sur les compétences, la sécurité, la maîtrise des coûts, des délais et des procédé
Publication : ASMIN — Association Marocaine des Ingénieurs Navals
Revue Marocaine de Génie Naval
Auteurs
Dr. Mohammed Reda Chakkor, PhD
Naval Architect
Mustapha Chaye
Marine Engineer — ISEM
Mohamed El Ahrach Nasser
Ingénieur Technique en Construction et Réparation Navale — Chantiers Navals Astilleros Guadalquivir, Espagne
Omar Al Aattar
Responsable HSSE — Formateur
Résumé
La performance d’un chantier de réparation navale ne dépend pas uniquement de ses infrastructures, de ses équipements ou de son savoir-faire technique. Elle dépend également de sa capacité à préparer, organiser, exécuter, contrôler et améliorer chaque opération de réparation.
Dans un environnement caractérisé par la diversité des navires, la complexité des travaux, la pression sur les délais, les exigences de sécurité et la maîtrise des coûts, la Qualité Totale constitue une approche globale permettant d’intégrer les différentes dimensions de la performance industrielle.
Le présent article propose une démarche pragmatique applicable aux chantiers de réparation navale. Il met en évidence l’importance des compétences du personnel, de la formation continue, de la disponibilité et de la fiabilité des équipements, de la préparation des travaux, de la structuration des projets à travers la WBS (Work Breakdown Structure), du suivi des coûts et des délais, du calcul du chemin critique, du contrôle qualité, du management HSE et du retour d’expérience.
L’approche proposée repose sur une logique intégrée : préparer, décomposer, planifier, budgéter, réaliser, mesurer, contrôler et améliorer. Elle vise à transformer chaque réparation en un projet maîtrisé, mesurable et source d’apprentissage pour les opérations futures.
L’objectif ultime est de permettre au chantier de progresser vers une performance durable combinant qualité, sécurité, fiabilité, maîtrise des coûts, respect des délais et satisfaction de l’armateur.
Mots-clés : Qualité Totale, réparation navale, chantier naval, WBS, gestion de projet, chemin critique, contrôle des coûts, HSE, maintenance, amélioration continue, compétences, performance industrielle.
1. Introduction
La performance d’un chantier de réparation navale ne dépend pas uniquement de ses infrastructures, de ses équipements ou de son savoir-faire technique. Elle dépend également de sa capacité à préparer, organiser, exécuter, contrôler et améliorer chaque opération de réparation.
Dans un chantier naval, chaque navire présente ses propres caractéristiques, son historique de maintenance, son état technique et ses exigences d’exploitation. Les travaux peuvent concerner simultanément la coque, la structure, la mécanique, l’électricité, la tuyauterie, l’hydraulique, la peinture ou les équipements de pont.
Dans ce contexte, la Qualité Totale constitue une démarche particulièrement pertinente.
Son principe est simple :
La qualité ne doit pas être contrôlée uniquement à la fin du chantier. Elle doit être construite dès la préparation du projet et maîtrisée pendant toute son exécution.
L’objectif est donc de mettre en place une organisation permettant d’obtenir simultanément :
qualité + sécurité + maîtrise des coûts + respect des délais + fiabilité.
Cette conception rejoint les principes des systèmes de management de la qualité fondés sur la maîtrise des processus, l’implication des personnes, l’orientation client et l’amélioration continue. ISO 9001 constitue à cet égard une référence internationale pour l’établissement, la mise en œuvre, la maintenance et l’amélioration continue d’un système de management de la qualité.
2. Comprendre la Qualité Totale
Le terme Qualité Totale peut sembler complexe. Son principe est pourtant très simple.
La Qualité Totale signifie que toute l’organisation participe à la qualité.
Dans un chantier de réparation navale :
Personnel + compétences + équipements + matériaux + méthodes + HSE + planning + coûts + contrôle = performance globale.
Une réparation peut être techniquement correcte mais devenir insatisfaisante si :
- Elle est livrée en retard ;
- Son coût dépasse fortement le budget ;
- Les travaux doivent être repris ;
- Les équipements utilisés ne sont pas fiables ;
- La documentation est incomplète ;
- Les risques HSE n’ont pas été maîtrisés.
L’excellence consiste donc à rechercher simultanément :
Qualité + sécurité + coût maîtrisé + respect du délai + fiabilité.
La Qualité Totale doit ainsi être comprise comme une philosophie de management de l’ensemble du processus de réparation, et non comme un simple contrôle final.
3. Ce qu’un chantier doit mettre en place
Pour appliquer réellement la Qualité Totale, un chantier doit disposer d’une organisation claire autour de plusieurs fonctions essentielles.
3.1. Préparation des travaux
Définir précisément ce qui doit être réalisé.
3.2. Gestion des compétences
S’assurer que les personnes disposent des qualifications et de l’expérience nécessaires.
3.3. Gestion des matériaux
Contrôler leur origine, leur conformité et leur état.
3.4. Gestion des équipements
Garantir la disponibilité et la fiabilité des machines et outils.
3.5. Gestion HSE
Identifier et maîtriser les risques avant et pendant les travaux.
3.6. Contrôle qualité
Vérifier les travaux à chaque étape.
3.7. Documentation
Conserver les informations permettant de démontrer ce qui a été réalisé.
3.8. Amélioration continue
Analyser les problèmes et empêcher leur répétition.
Cette organisation doit être considérée comme un système cohérent dans lequel chaque fonction contribue à la performance globale.
4. La compétence du personnel : le premier facteur de qualité
Un chantier naval peut disposer de machines modernes et de bonnes procédures, mais la qualité dépend finalement des personnes qui réalisent les travaux.
Les principaux métiers doivent être associés à des compétences clairement définies :
- Soudeurs ;
- Chaudronniers ;
- Mécaniciens ;
- Électriciens ;
- Tuyauteurs ;
- Hydrauliciens ;
- Peintres ;
- Frigoristes ;
- Opérateurs de levage ;
- Inspecteurs ;
- Contrôleurs qualité ;
- Responsables HSE.
Il est donc essentiel de mettre en place une matrice des compétences.
4.1. La matrice des compétences
La matrice des compétences est un outil permettant de savoir :
Qui sait faire quoi, à quel niveau, avec quelle qualification et avec quelle expérience.
Cette méthode permet d’éviter qu’une opération critique soit confiée à une personne insuffisamment préparée.
Elle permet également d’identifier les besoins de formation, les lacunes de compétences et les possibilités d’évolution professionnelle.
La qualité commence par la compétence.
5. Former continuellement les équipes
La formation ne doit pas être réalisée uniquement lors du recrutement.
Les technologies, les équipements et les méthodes de réparation évoluent constamment.
Un programme de formation continue devrait couvrir notamment :
5.1. Formation technique
- Soudage ;
- Mécanique navale ;
- Électricité ;
- Hydraulique ;
- Tuyauterie ;
- Maintenance ;
- Peinture industrielle ;
- Contrôle non destructif ;
- Équipements de levage ;
- Sablage et peinture.
5.2. Formation HSE
- Travail à chaud ;
- Espaces confinés ;
- Travail en hauteur ;
- Risques électriques ;
- Produits chimiques ;
- Incendie ;
- Manutention ;
- Équipements de protection ;
- Procédures d’urgence.
La formation doit devenir un outil permanent d’amélioration des compétences.
Cette approche est également cohérente avec les principes de management de la qualité et de maîtrise des compétences intégrés dans les systèmes de management modernes.
6. Les outils et équipements : une condition de la qualité
Même un technicien expérimenté ne peut pas garantir une réparation de qualité s’il travaille avec :
- Un outillage inadapté ;
- Une machine défectueuse ;
- Un instrument de mesure non fiable ;
- Un appareil de levage indisponible ;
- Un équipement de soudage mal entretenu ;
- Un équipement de protection insuffisant.
Le chantier doit donc mettre en place un système de :
Disponibilité → contrôle → maintenance → étalonnage → remplacement.
6.1. L’étalonnage
L’étalonnage consiste à vérifier qu’un instrument de mesure fournit une indication correcte par comparaison avec une référence connue.
Une mauvaise mesure peut entraîner une mauvaise décision technique.
Dans une activité où les tolérances, dimensions, pressions, épaisseurs, températures ou paramètres électriques peuvent conditionner l’acceptation d’une réparation, la fiabilité des instruments constitue donc un élément fondamental de la qualité.
7. Sécurité et qualité : deux dimensions indissociables
Dans un chantier naval, la qualité et la sécurité ne doivent jamais être séparées.
Les travaux peuvent présenter des risques importants :
- Travail à chaud ;
- Travail en hauteur ;
- Espaces confinés ;
- Levage ;
- Électricité ;
- Produits chimiques ;
- Peinture ;
- Machines tournantes ;
- Équipements hydrauliques sous pression ;
- Manutention de charges lourdes.
Un accident peut provoquer :
Arrêt du travail → enquête → retard → coûts supplémentaires → perturbation du planning.
La sécurité constitue donc également un facteur de productivité et de performance industrielle.
Le cadre du Code international de gestion de la sécurité (ISM Code) repose précisément sur une organisation de gestion destinée à assurer la sécurité des opérations et la prévention de la pollution, avec une approche fondée notamment sur l’identification et la maîtrise des risques.
Un chantier performant doit rechercher :
Zéro accident évitable et zéro défaut évitable.
8. Préparer correctement chaque réparation
Une grande partie des problèmes rencontrés dans les chantiers commence avant même le début des travaux.
Avant d’intervenir sur un navire, il faut déterminer :
- Ce qui doit être réparé ;
- Pourquoi la réparation est nécessaire ;
- Quels matériaux seront utilisés ;
- Quelles compétences sont nécessaires ;
- Quels outils sont nécessaires ;
- Quels contrôles devront être réalisés ;
- Quels risques sont associés à l’opération ;
- Quelles autorisations sont nécessaires ;
- Quel est le délai prévu.
Une bonne préparation réduit les improvisations.
Plus la préparation est précise, moins le chantier doit improviser.
La préparation constitue donc l’une des premières étapes du système de Qualité Totale.
9. La WBS : décomposer la réparation pour mieux la maîtriser
L’un des outils fondamentaux de la gestion moderne d’un chantier est la WBS — Work Breakdown Structure, ou Structure de Découpage du Projet.
Le principe est simple :
Découper une réparation complexe en tâches identifiables, mesurables, chiffrables et contrôlables.
Le PMI considère la WBS comme un élément essentiel de la planification des projets : elle organise le périmètre total du projet et sert notamment de base au planning, au budget, à la gestion des risques et au suivi de la performance.
9.1. Exemple de WBS pour une réparation navale
1. Préparation du navire
- 1.1 Inspection initiale
- 1.2 Réunion avec l’armateur
- 1.3 Relevé des défauts
- 1.4 Définition des travaux
- 1.5 Préparation du planning
2. Mise en chantier
- 2.1 Accostage ou mise à sec
- 2.2 Sécurisation
- 2.3 Consignation des installations
- 2.4 Préparation des zones de travail
3. Coque et structure
- 3.1 Dépose
- 3.2 Découpe
- 3.3 Fabrication
- 3.4 Ajustage
- 3.5 Soudage
- 3.6 Contrôles
- 3.7 Protection anticorrosion
4. Mécanique
- 4.1 Inspection
- 4.2 Dépose
- 4.3 Réparation
- 4.4 Remontage
- 4.5 Essais
5. Électricité
- 5.1 Inspection
- 5.2 Câblage
- 5.3 Tableaux
- 5.4 Équipements
- 5.5 Essais
6. Hydraulique
- 6.1 Inspection
- 6.2 Pompes
- 6.3 Valves
- 6.4 Flexibles
- 6.5 Tuyauterie
- 6.6 Essais de pression
7. Peinture
- 7.1 Préparation de surface
- 7.2 Traitement
- 7.3 Application
- 7.4 Contrôle d’épaisseur
8. Essais et réception
- 8.1 Essais à quai
- 8.2 Essais des équipements
- 8.3 Essais en mer
- 8.4 Corrections
- 8.5 Réception finale
La WBS transforme ainsi :
« Réparer le navire »
en une série d’activités que l’on peut planifier, chiffrer, attribuer et contrôler.
10. Suivre les coûts par rapport au temps
La WBS doit être directement reliée au planning et au budget.
Pour chaque activité, le chantier doit connaître :
- Durée prévue ;
- Heures de main-d’œuvre prévues ;
- Coût de main-d’œuvre ;
- Matériaux ;
- Équipements ;
- Sous-traitance ;
- Coût total prévu.
Un tableau de suivi peut être établi selon les principaux paramètres suivants :
| Activité | Durée prévue | Budget prévu | Coût réel | Avancement |
| Coque | 10 j | 100 000 | 82 000 | 80 % |
| Mécanique | 8 j | 70 000 | 55 000 | 70 % |
| Électricité | 6 j | 40 000 | 38 000 | 65 % |
| Hydraulique | 5 j | 35 000 | 30 000 | 75 % |
| Peinture | 7 j | 45 000 | 20 000 | 35 % |
Les valeurs sont uniquement illustratives.
L’objectif est de ne pas regarder uniquement combien d’argent a été dépensé, mais également quelle quantité de travail a réellement été produite et dans quel délai.
11. La courbe coûts–temps
Pour suivre correctement une réparation, il est utile de comparer trois éléments :
Budget planifié
Ce qui devait être dépensé.
Coût réel
Ce qui a effectivement été dépensé.
Avancement réel
La quantité de travail réellement terminée.
Par exemple :
80 % du budget consommé avec seulement 50 % des travaux réalisés constitue un signal d’alerte.
Le responsable du projet doit alors rechercher immédiatement la cause :
- Mauvaise estimation ;
- Surconsommation de matériaux ;
- Productivité insuffisante ;
- Heures supplémentaires ;
- Travaux supplémentaires ;
- Défauts et reprises ;
- Sous-traitance ;
- Problème technique.
Le suivi doit être effectué pendant le chantier et non à la fin.
12. Calculer et suivre le chemin critique
Le chemin critique, ou Critical Path Method — CPM, est un outil essentiel pour maîtriser les délais.
Son principe est simple :
Le chemin critique est la succession d’activités qui détermine la durée minimale du projet.
Si une activité critique prend du retard, la date de livraison du navire peut également être retardée.
Exemple simplifié
Inspection → Dépose → Réparation → Remontage → Essais → Livraison
Certaines activités peuvent cependant être réalisées en parallèle :
Réparation coque
Pendant que
Révision d’un équipement auxiliaire
Est réalisée dans un autre secteur du chantier.
Le responsable doit donc identifier :
- Les dépendances ;
- Les activités parallèles ;
- Les marges disponibles ;
- Les activités critiques ;
- Les ressources nécessaires.
Le chemin critique transforme ainsi le planning en outil de décision opérationnelle.
13. Pourquoi le chemin critique est essentiel
Dans la réparation navale, chaque journée d’immobilisation supplémentaire peut représenter un coût important pour l’armateur.
Le chantier doit donc savoir quotidiennement :
Quelle activité est en retard ?
Est-elle sur le chemin critique ?
Quelle est sa marge ?
Quel sera son impact sur la livraison ?
Peut-on augmenter les ressources ?
Peut-on travailler en parallèle ?
Peut-on modifier la séquence des travaux ?
Le chemin critique transforme ainsi le planning en véritable outil de décision.
14. Combiner WBS, coûts, temps et chemin critique
La véritable maîtrise du projet apparaît lorsque plusieurs outils sont utilisés ensemble.
| Outil | Question principale |
| WBS | Qu’allons-nous faire ? |
| Planning | Quand allons-nous le faire ? |
| Budget | Combien cela doit-il coûter ? |
| Chemin critique | Quelles activités déterminent la date de livraison ? |
| Contrôle | Sommes-nous conformes au plan ? |
| Action corrective | Que devons-nous changer ? |
On obtient alors une véritable chaîne de gestion :
WBS → Planning → Ressources → Budget → Exécution → Contrôle → Analyse des écarts → Action corrective.
15. Contrôler les écarts entre prévu et réel
Le chantier doit comparer régulièrement :
Temps
Durée prévue / durée réelle
Coût
Budget prévu / coût réel
Production
Avancement prévu / avancement réel
Qualité
Travaux conformes / travaux repris
HSE
Objectifs HSE / résultats HSE
Cette comparaison permet de détecter les dérives suffisamment tôt pour pouvoir agir.
16. Les reprises : un coût caché
Une reprise de travaux ne représente pas uniquement le coût de la nouvelle intervention.
Elle peut entraîner :
- Heures supplémentaires ;
- Matériaux supplémentaires ;
- Mobilisation d’une équipe ;
- Nouvelle inspection ;
- Retard d’autres activités ;
- Occupation prolongée de la cale ;
- Retard de livraison.
Il faut donc suivre les reprises comme un indicateur de qualité et de performance économique.
Un défaut de qualité est également un défaut de coût et de délai.
La prévention des reprises constitue donc l’un des objectifs majeurs de la Qualité Totale.
17. Contrôler les travaux pendant leur réalisation
Le contrôle qualité ne doit pas intervenir uniquement à la fin.
Il doit accompagner les différentes étapes.
Exemple : réparation d’une structure métallique
Inspection → préparation → découpe → ajustage → soudage → contrôle → finition → réception.
À chaque étape, il faut vérifier que les exigences sont respectées avant de poursuivre.
Cette méthode permet d’éviter qu’une erreur réalisée au début du chantier ne soit découverte seulement lorsque le travail est terminé.
Dans le domaine de la réparation navale, cette logique est particulièrement importante pour les travaux soumis à des exigences de classification et de contrôle. IACS publie notamment la Recommendation 47, consacrée aux standards de qualité applicables à la construction et à la réparation navales.
18. Contrôler les matériaux
Une réparation de qualité exige des matériaux conformes.
Le chantier doit contrôler notamment :
- Certificats ;
- Dimensions ;
- Références ;
- État de conservation ;
- Traçabilité ;
- Conditions de stockage.
Cela concerne notamment :
- Tôles ;
- Profilés ;
- Électrodes ;
- Tubes ;
- Raccords ;
- Valves ;
- Flexibles hydrauliques ;
- Câbles ;
- Peintures ;
- Produits chimiques.
Un matériau incorrect peut compromettre toute une réparation.
19. Le contrôle des équipements
Les équipements utilisés pour réparer les navires doivent eux-mêmes être fiables.
Le chantier doit assurer le suivi de :
- Machines de soudage ;
- Grues ;
- Appareils de levage ;
- Compresseurs ;
- Groupes électrogènes ;
- Outillage ;
- Appareils de mesure ;
- Équipements hydrauliques ;
- Équipements électriques.
Une politique de maintenance préventive doit être mise en place afin de réduire les arrêts imprévus.
20. Le rôle du responsable qualité
Le responsable qualité doit notamment :
- Définir les critères de contrôle ;
- Préparer les plans d’inspection ;
- Suivre les non-conformités ;
- Organiser les inspections ;
- Analyser les défauts ;
- Suivre les actions correctives ;
- Améliorer les procédures.
Qu’est-ce qu’une non-conformité ?
C’est simplement un résultat qui ne respecte pas une exigence définie.
La logique doit être :
identifier → corriger → contrôler → rechercher la cause → éviter la répétition.
Cette logique constitue le cœur de l’amélioration continue.
21. Le rôle du responsable HSE
Le responsable HSE doit travailler directement avec les équipes de production.
Ses principales responsabilités sont :
- Identifier les risques ;
- Réaliser les inspections ;
- Former les équipes ;
- Contrôler les conditions de travail ;
- Organiser les exercices d’urgence ;
- Analyser les accidents ;
- Suivre les actions correctives.
Le HSE ne doit pas être perçu comme un obstacle à la production.
Le HSE doit aider la production à travailler plus sûrement et plus efficacement.
22. Mesurer la performance du chantier
Un chantier ne peut améliorer ce qu’il ne mesure pas.
Il est donc nécessaire de mettre en place un tableau de bord.
Qualité
- Défauts ;
- Reprises ;
- Taux d’acceptation au premier contrôle ;
- Réclamations.
Coûts
- Budget ;
- Coût réel ;
- Écart budgétaire ;
- Coût des reprises.
Planning
- Durée prévue ;
- Durée réelle ;
- Retard ;
- Activités critiques.
HSE
- Accidents ;
- Presque-accidents ;
- Observations ;
- Formations.
Équipements
- Disponibilité ;
- Pannes ;
- Temps d’arrêt.
Client
- Satisfaction ;
- Réclamations ;
- Respect des engagements.
Le tableau de bord permet à la direction de disposer d’une vision synthétique et factuelle de la performance.
23. Le retour d’expérience
Un chantier performant doit apprendre de ses propres projets.
À la fin d’une réparation, il faut analyser :
- Les travaux ayant respecté le planning ;
- Les activités ayant pris du retard ;
- Les dépassements de coûts ;
- Les reprises ;
- Les incidents HSE ;
- Les problèmes de matériaux ;
- Les problèmes de sous-traitance ;
- Les erreurs de préparation.
L’objectif est de construire progressivement une base de données interne des temps, coûts, ressources et problèmes de réparation.
Cette base permet d’améliorer les futurs devis et les futurs plannings.
24. Construire une base de données des réparations
Après plusieurs années, le chantier devrait être capable de retrouver :
Type de réparation → heures → matériaux → coût → durée → défauts → reprises.
Par exemple :
- Remplacement de tôle ;
- Réparation de structure ;
- Révision de pompe ;
- Remplacement de flexible ;
- Réparation de tuyauterie ;
- Révision de treuil ;
- Peinture de coque ;
- Travaux électriques.
Cette connaissance historique permet d’améliorer progressivement les estimations.
Au lieu de travailler uniquement avec l’expérience individuelle, le chantier dispose d’une mémoire industrielle collective.
25. Prévoir l’incertitude
Une réparation navale comporte toujours une part d’incertitude.
Après ouverture d’un équipement ou décapage d’une structure, il est possible de découvrir des défauts qui n’étaient pas visibles lors de l’inspection initiale.
Il faut donc prévoir :
- Une réserve de temps ;
- Une réserve budgétaire ;
- Des ressources disponibles ;
- Des scénarios alternatifs ;
- Une procédure de gestion des travaux supplémentaires.
La maîtrise de l’incertitude fait partie intégrante de la gestion d’un chantier.
26. La satisfaction de l’armateur
Le client évalue généralement :
Qualité + délai + coût + fiabilité + communication.
Une réparation réussie n’est donc pas seulement une réparation techniquement correcte.
Elle doit être :
- Durable ;
- Documentée ;
- Contrôlée ;
- Conforme aux exigences ;
- Livrée dans les délais convenus ;
- Réalisée dans des conditions sûres.
La satisfaction du client doit donc être intégrée au système de management.
27. Une enquête interne permanente sur la qualité
La perception des collaborateurs constitue également une source importante d’information.
Le chantier peut régulièrement interroger son personnel sur :
- La connaissance des objectifs de l’entreprise ;
- L’adéquation entre fonction et poste ;
- La disponibilité des outils ;
- Le sentiment de sécurité ;
- La formation aux nouvelles technologies ;
- La connaissance des programmes HSE ;
- La prévention des accidents ;
- La perception des risques ;
- L’accès à un personnel HSE compétent ;
- L’évaluation du travail ;
- La reconnaissance de la performance ;
- la qualité du recrutement ;
- L’intégration des nouveaux collaborateurs ;
- La compréhension des responsabilités.
Cette démarche permet d’identifier les problèmes qui ne sont pas toujours visibles dans les indicateurs techniques.
28. Vers une véritable culture de qualité
La Qualité Totale ne doit pas devenir une accumulation de procédures et de documents.
Elle doit devenir une culture professionnelle partagée.
Chaque collaborateur doit pouvoir signaler :
- Un défaut ;
- Un risque ;
- Un équipement défectueux ;
- Une procédure inadaptée ;
- Un manque de matériel ;
- Une difficulté technique.
La question principale ne doit pas être :
« Qui est responsable ? »
Mais plutôt :
« Pourquoi le problème est-il apparu et comment éviter qu’il se reproduise ? »
C’est le principe de l’amélioration continue.
29. Ce qu’il faut réellement mettre en place
Pour atteindre progressivement l’excellence, un chantier de réparation navale devrait mettre en place :
1. Un système de management de la qualité
Avec des responsabilités, des procédures et des objectifs clairs.
2. Une WBS pour chaque réparation importante
Pour décomposer et maîtriser le projet.
3. Un planning détaillé
Avec dépendances, jalons et ressources.
4. Un calcul du chemin critique
Pour protéger la date de livraison.
5. Un budget par activité
Pour suivre les dépenses au niveau réel du travail.
6. Un suivi coûts / temps / avancement
Pour détecter les dérives.
7. Une matrice des compétences
Pour affecter les bonnes personnes aux bonnes tâches.
8. Un système HSE
Pour identifier et réduire les risques.
9. Un plan de contrôle qualité
Pour contrôler les travaux à chaque étape.
10. Une base de données historique
Pour améliorer les futurs devis et plannings.
11. Un système de retour d’expérience
Pour éviter la répétition des problèmes.
12. Un tableau de bord de direction
Pour prendre des décisions rapides sur la base de données réelles.
30. Une méthode globale et pragmatique
L’ensemble du système peut être résumé en huit étapes :
PRÉPARER
Définir les travaux, les ressources, les coûts et les risques.
DÉCOMPOSER
Construire la WBS.
PLANIFIER
Définir les durées, les dépendances et le chemin critique.
BUDGÉTER
Affecter les coûts aux différentes activités.
RÉALISER
Exécuter les travaux selon les méthodes définies.
MESURER
Comparer coûts, temps et avancement réel.
CONTRÔLER
Vérifier la qualité et la sécurité.
AMÉLIORER
Analyser les écarts et capitaliser l’expérience.
Préparer → Décomposer → Planifier → Budgéter → Réaliser → Mesurer → Contrôler → Améliorer
Cette chaîne constitue une base solide pour transformer la gestion d’une réparation navale en un véritable système de management de projet et de qualité.
31. Discussion : vers une intégration des systèmes de management
L’approche proposée montre que la Qualité Totale ne doit pas être isolée des autres fonctions de gestion du chantier.
La qualité est directement liée à la compétence du personnel, à la sécurité, à la planification, aux coûts, à la disponibilité des équipements et à la satisfaction du client.
Cette approche intégrée est cohérente avec les principes des systèmes de management de la qualité : la performance résulte de processus maîtrisés, de responsabilités définies, de personnel compétent, de décisions fondées sur des données et d’une amélioration continue.
De même, la WBS ne constitue pas simplement un outil documentaire. Elle permet de relier le périmètre des travaux au planning, au budget et au suivi de performance. Le PMI souligne précisément cette fonction de la WBS dans la structuration et le contrôle des projets.
Dans le contexte naval, ces principes doivent cependant être adaptés à la réalité particulière des réparations : incertitude technique, travaux supplémentaires, contraintes d’accès, coactivité, exigences de classification et immobilisation limitée du navire.
La Qualité Totale doit donc rester une méthode pragmatique, orientée vers la décision et les résultats plutôt que vers la multiplication des procédures.
32. Conclusion
Atteindre l’excellence dans un chantier de réparation navale nécessite aujourd’hui une approche beaucoup plus large que le simple contrôle de la qualité des travaux.
Le chantier doit maîtriser simultanément :
les compétences, les équipements, les matériaux, les risques, la qualité, les coûts et les délais.
La WBS permet de savoir précisément ce qui doit être réalisé.
Le planning permet de savoir quand.
Le budget permet de savoir combien.
Le chemin critique permet de savoir quelles activités déterminent la date de livraison.
Le suivi coûts / temps / avancement permet de détecter les dérives.
La qualité et le HSE permettent de réduire les défauts et les accidents.
Le retour d’expérience permet de transformer chaque réparation en source d’apprentissage pour le chantier suivant.
La véritable excellence d’un chantier ne se mesure donc pas uniquement au nombre de navires qu’il peut réparer.
Elle se mesure à sa capacité à :
préparer correctement, planifier précisément, maîtriser les coûts, respecter les délais, travailler en sécurité, contrôler la qualité et apprendre de chaque projet.
WBS → Planning → Budget → Chemin critique → Exécution → Contrôle → Analyse des écarts → Amélioration continue.
Et derrière tous ces outils reste le facteur humain :
Former → responsabiliser → mesurer → améliorer.
La réparation navale de demain doit être une activité plus organisée, plus prévisible, plus sûre et plus industrielle.
La Qualité Totale n’est donc pas seulement une méthode de contrôle.
C’est une manière de concevoir et de piloter l’ensemble du chantier.
Références
[1] ISO — International Organization for Standardization. ISO 9001:2015 — Quality management systems — Requirements. ISO. La norme définit les exigences applicables à un système de management de la qualité et met notamment l’accent sur la maîtrise des processus, la compétence, la satisfaction du client et l’amélioration continue.
[2] IACS — International Association of Classification Societies. Recommendation No. 47 — Shipbuilding and Repair Quality Standard, Rev.10 Corr.1, 2025. Cette recommandation constitue une référence spécifique au secteur naval concernant les standards de qualité applicables à la construction et à la réparation navales.
[3] IMO — International Maritime Organization. International Safety Management (ISM) Code. Code international établissant un cadre pour la gestion sûre et l’exploitation des navires ainsi que pour la prévention de la pollution.
[4] Project Management Institute (PMI). Practice Standard for Work Breakdown Structures — Third Edition. PMI, 2019. La WBS y est présentée comme un outil essentiel de planification permettant notamment de structurer le périmètre du projet et de faciliter le suivi du planning, du budget, des risques et de la performance.
[5] Project Management Institute (PMI). Practice Standard for Scheduling — Third Edition. Référence méthodologique relative à la planification et à la maîtrise des échéanciers des projets, notamment à travers l’identification des dépendances et l’analyse du chemin critique.
À propos des auteurs
Dr. Mohammed Reda Chakkor, PhD
Naval Architect
Le Dr. Mohammed Reda Chakkor est Naval Architect et intervient dans le domaine du génie naval et de la réparation navale.
Mustapha Chaye
Marine Engineer — ISEM
Mustapha Chaye possède une expérience professionnelle dans le domaine maritime et naval, notamment dans les activités techniques liées à la réparation et à la gestion des opérations.
Mohamed El Ahrach Nasser
Ingénieur Technique en Construction et Réparation Navale — Chantiers Navals Astilleros Guadalquivir, Espagne
Son expérience est directement liée aux activités techniques de construction et de réparation navales, apportant une perspective opérationnelle aux problématiques de production et de chantier.
Omar Al Aattar
Responsable HSSE — Formateur
Son parcours est associé à la santé, la sécurité, la sûreté et l’environnement ainsi qu’à la formation professionnelle, dimensions essentielles du système de management d’un chantier naval.
Publication
ASMIN — Association Marocaine des Ingénieurs Navals
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