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Une vision stratégique intégrée pour accélérer le développement de la construction et de la réparation navales

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Construire un écosystème maritime compétitif et durable

Constituant un des importants piliers de l’écosystème maritime, le développement d’une industrie nationale de la construction et de la réparation navales ne dépend pas uniquement des investissements dans les infrastructures ou des capacités techniques des chantiers. L’expérience des grandes nations maritimes démontre qu’une industrie navale performante repose avant tout sur une vision stratégique à long terme et une coordination efficace entre toutes les parties intéressées, notamment les administrations, les entreprises et les organismes techniques.

 

Les pays ayant réussi à développer une puissante industrie navale, tels que la Corée du Sud, le Singapour, la Turquie, la Chine ou les Pays-Bas, ont tous adopté une politique maritime intégrée ayant favorisé la création d’environnements favorables à l’investissement, à l’innovation et à la compétitivité.

Une politique maritime intégrée

Le secteur maritime est transversal. Il implique simultanément l’industrie, le commerce extérieur, les transports, les douanes, la fiscalité, la formation professionnelle, l’environnement, les ports et les autorités maritimes.

Une stratégie nationale doit donc associer notamment :

L’autorité gouvernementale en charge de l’Industrie ;

L’autorité gouvernementale en charge Transport et de la Marine Marchande ;

L’autorité gouvernementale en charge des Finances ;

L’autorité gouvernementale en charge des Douanes ;

Les autorités portuaires ;

Les organismes de formation ;

Les établissements de recherche ;

Les organisations professionnelles du secteur maritime ; et

Les partenaires sociaux.

Cette coordination permet d’éviter les doublons administratifs et de faire converger les objectifs en vue de l’émergence d’une politique industrielle maritime cohérente.

 

Simplifier les procédures administratives

 

La bureaucratie constitue un des principaux obstacles auquel sont confrontés les investisseurs.

La création d’un guichet unique pour l’industrie navale permettrait de centraliser toutes les démarches nécessaires à :

La création de chantiers navals ou d’unités de constructions ou de réparation des tinées à l’industrie navale;

L’obtention des autorisations de construction ;

Les licences d’exploitation ;

Les certificats techniques ;

Les autorisations environnementales ;

Les formalités douanières.

Un investisseur dans ce domaine ne devrait pas avoir à frapper aux portes de plusieurs administrations pour un même projet.

 

Moderniser les procédures douanières

La construction et la réparation navales nécessitent souvent des interventions de courtes durées, et par conséquent l’importation rapide de milliers de composants, équipements et matériaux.

Il serait donc indispensable de mettre en place :

Des procédures douanières simplifiées ;

Une digitalisation complète des formalités ;

Des régimes spécifiques pour les chantiers navals ;

Un dédouanement prioritaire pour les pièces destinées aux navires ;

Des procédures simplifiées d’importation temporaire des équipements.

 

Une logistique fluide réduit considérablement les coûts des projets.

 

Une fiscalité adaptée au secteur naval

 

En raison de la concurrence acharnée dans le secteur de la construction et de la réparation navales et l’érosion des marges bénéficiaires dégagée de ces activités, le développement d’une filière industrielle nécessite également un environnement fiscal compétitif.

Parmi les mesures pouvant être envisagées :

Exonérations temporaires pour certains investissements industriels ;

Réduction des droits de douane sur les équipements non produits localement ;

Encouragement des investissements privés ;

Dispositifs facilitant l’exportation des navires et des services maritimes.

Une fiscalité adaptée favoriserait l’installation de nouveaux acteurs industriels et la prolifération de métiers connexes capables de créer une forte valeur ajoutée pour le secteur.

 

Soutenir et encourager les exportations

Une industrie navale moderne ne peut se limiter au marché national.

Elle devrait bénéficier :

 

D’un accompagnement à l’export ;

D’accords commerciaux favorables ;

D’une promotion internationale du savoir-faire national ;

De mécanismes de financement adaptés.

D’une formation professionnelle adaptée

 

Le capital humain constitue le principal facteur de compétitivité.

Le secteur de la construction et de la réparation navales constitue permet la création d’une grande valeur ajoutée pour l’économie nationale. De ce fait, il a besoin d’une main d’œuvre importante en nombre et en qualification dans différents métiers techniques.

Les centres de formation sont alors appelés à développer des cursus spécialisés en :

 

Chaudronnerie navale ;

Soudure marine ;

Tuyauterie industrielle ;

Mécanique marine ;

Electricité navale ;

Matériaux composites ;

Dessin et conception par ordinateur (DAO/CAO) ;

Fabrication assistée par ordinateur. (FAO)

Calculs de structures ;

Simulations numériques ;

Ces formations devraient être élaborées en concertation avec les industriels afin de répondre aux besoins réels du marché.

 

Disposer d’un cadre juridique moderne pour la construction et la réparation navale

Les projets navals impliquent plusieurs acteurs : armateurs, chantiers navals, bureaux d’études, fournisseurs, sociétés de classification, assureurs et administrations.

Certes, le Code du Commerce Maritime de 1919 dispose quelques dispositions relatives à la construction de navires, mais en raison de la prolifération de réglementations internationales en matière de sécurité maritime et de protection de l’environnement, ces dispositions devraient être mises à jour pour tenir compte des exigences de cette réglementation.

Une telle mise à jour devrait aboutir à la mise en place d’une réglementation nationale qui devrait définir clairement :

 

Les responsabilités de chaque partie ;

Les garanties contractuelles ;

Les modalités de réception des navires ;

Les procédures de règlement des litiges ;

Les délais d’exécution ;

Les obligations techniques.

Un cadre juridique clair renforce la confiance des investisseurs et incite les armateurs marocains et étrangers à recourir aux services des chantiers navals marocains.

 

Une réglementation adaptée aux petites unités

 

Le développement des petites unités représente un important levier économique.

Une réglementation spécifique devrait encadrer :

Les bateaux de pêche ;

Les navires de servitude ;

Les vedettes rapides ;

Les embarcations de plaisance ;

 

Cette réglementation devrait définir les normes de construction, les exigences de sécurité ainsi que les procédures de certification adaptées à ces unités.

 

Renforcer les capacités techniques de l’Administration maritime

 

L’Administration maritime devrait disposer des moyens humains et techniques dans le but de :

 

Approuver les plans des navires ;

Valider les calculs de stabilité ;

Autoriser les modifications dans les structures ;

Contrôler les réparations majeures ;

Superviser les essais en mer ;

Délivrer les approbations techniques.

 

Des services spécialisés réduisent les délais administratifs tout en garantissant la sécurité maritime.

 

Favoriser la création d’une société de classification nationale

 

La création ou le renforcement d’une société de classification nationale constitue un levier stratégique pour accompagner le développement de la construction navale.

En collaboration avec l’Administration maritime, cette société pourrait :

 

Approuver les plans ;

Certifier les navires ;

Réaliser les inspections techniques ;

Accompagner les chantiers dans l’application des normes ;

Développer l’expertise nationale en ingénierie navale.

 

Pour les embarcations de petite taille, elle pourrait proposer des prestations techniques à des coûts adaptés, permettant aux pêcheurs, artisans et petites entreprises d’accéder facilement à une certification reconnue.

 

L’objectif n’est pas de remplacer les grandes sociétés de classification internationales pour les navires destinés au commerce international, mais de disposer d’un partenaire technique national capable d’accompagner le développement de la flotte locale.

 

Favoriser la construction locale des navires appartenant à l’Etat ou à des établissements publics

 

Les investissements publics constituent un puissant levier industriel.

 

Lorsque cela est techniquement réalisable et compatible avec les règles applicables aux marchés publics, les appels d’offres concernant certains navires de service : remorqueurs portuaires, vedettes de surveillance, navires de servitude, bateaux pilotes ou unités de maintenance portuaire, devraient intégrer des critères favorisant la construction ou l’assemblage local.

Cette politique permettrait de :

 

Créer des emplois qualifiés ;

Développer la sous-traitance nationale ;

Renforcer les compétences industrielles ;

Consolider la souveraineté maritime.

Faciliter l’accès aux infrastructures portuaires 

Les entreprises intervenant dans :

La réparation navale ;

La maintenance industrielle ;

Les inspections ;

Le remorquage ;

La plongée professionnelle ;

Les essais en mer ;

Les travaux portuaires ;

 

devraient bénéficier de procédures flexibles et rapides pour accéder aux infrastructures portuaires.

 

Un accès facilité améliore la compétitivité de l’ensemble de la filière maritime.

 

Accélérer la transition numérique

 

La modernisation du secteur passe également par :

 

La dématérialisation des procédures administratives ;

Les certificats numériques ;

Les plateformes électroniques d’autorisation ;

Le BIM naval ;

Les jumeaux numériques (Digital Twins) ;

Les simulations numériques par éléments finis ;

La gestion numérique des projets.

Ces outils permettent d’améliorer la qualité, la traçabilité et la productivité.

 

Encourager l’innovation et la recherche

 

Le développement durable du secteur nécessite un investissement constant dans la recherche appliquée.

 

Les universités, écoles d’ingénieurs, centres de recherche et entreprises sont à appelés collaborer sur :

 

Les nouveaux matériaux ;

La décarbonation des navires ;

Les carburants alternatifs ;

L’intelligence artificielle appliquée à la maintenance ;

Les navires autonomes ;

Les technologies offshore ;

La digitalisation des chantiers navals.

 

L’innovation constitue aujourd’hui un facteur déterminant de compétitivité.

 

Conclusion

 

Le développement d’une industrie nationale de la construction et de la réparation navales ne dépend pas uniquement des capacités des chantiers. Il repose sur une vision stratégique portée par une gouvernance publique efficace, un cadre réglementaire moderne, une administration réactive, une fiscalité adaptée, une formation professionnelle de qualité et une coopération permanente entre les pouvoirs publics et les acteurs privés.

 

La mise en place d’un guichet unique maritime, la modernisation des procédures douanières, le renforcement des compétences de l’Administration maritime, la création d’une société de classification nationale, l’encouragement à la construction locale des navires publics, l’amélioration de la formation, ainsi que la promotion de l’innovation et de la transition numérique constituent les piliers d’une politique maritime ambitieuse.

 

Au-delà de la seule compétitivité économique, une telle gouvernance permettrait de renforcer la souveraineté industrielle, de créer des emplois hautement qualifiés, de soutenir les entreprises nationales et de positionner durablement le pays comme un acteur de référence dans l’économie maritime régionale et internationale