You are currently viewing LE CHEF D’AFFAIRES EN RÉPARATION NAVALE

LE CHEF D’AFFAIRES EN RÉPARATION NAVALE

  • Auteur/autrice de la publication :
  • Post category:Génie naval

Rôle stratégique, compétences, expérience et formation au service de la performance des arrêts techniques

Publication : ASMIN
Association responsable de la publication

Auteurs

Dr. Mohammed Reda Chakkor, PhD
Naval Architect – Ancien Directeur du chantier naval CERNAVAL

Khalil Benjeloun
Ex-Directeur Commercial – DAMEN Dunkerque Shiprepair
Executive MBA – ESADE

Mustapha Chaye
Ancien Chef de Division de la Sécurité Maritime. Direction de la Marine Marchande du MarocAncien Chargé d’affaires – Chef des ateliers mécaniques et électriques. Chantier Naval CAM


Abstract

La réparation navale constitue une activité industrielle à forte intensité technique, caractérisée par des contraintes temporelles, économiques, réglementaires et humaines particulièrement importantes. Dans ce contexte, le Chef d’affaires occupe une position centrale dans la réussite des arrêts techniques et des escales de réparation. Il constitue l’interface entre l’armateur, l’équipage, le chantier naval, les sous-traitants, les fournisseurs, les sociétés de classification et les différents services techniques et opérationnels.

Son rôle dépasse largement celui d’un simple coordinateur administratif. Il associe des compétences techniques, organisationnelles, économiques et relationnelles. Il doit être capable de comprendre les travaux à réaliser, d’anticiper les difficultés, de planifier les interventions, de mobiliser les ressources, de contrôler les coûts, de gérer les risques, de coordonner les différents métiers et de maintenir une relation de confiance avec l’armateur.

Le présent article analyse les principales responsabilités du Chef d’affaires, depuis la préparation de l’escale jusqu’à la livraison du navire. Il met également en évidence un aspect essentiel de cette fonction : la formation professionnelle. Dans la pratique, celle-ci ne repose pas uniquement sur la formation académique initiale. Une part déterminante des compétences du Chef d’affaires se construit progressivement à travers l’expérience acquise dans les chantiers navals et dans l’environnement maritime. Les ingénieurs navals, les ingénieurs et techniciens spécialisés ainsi que les professionnels issus de l’exploitation des navires, notamment les chefs mécaniciens, peuvent constituer des profils particulièrement adaptés à cette évolution professionnelle.

Cette expérience pratique doit cependant être complétée par une formation continue portant notamment sur la gestion de projet, la planification, la réglementation maritime, les exigences des sociétés de classification, la qualité, la sécurité, les nouvelles technologies, la gestion contractuelle et les outils numériques.

L’article montre ainsi que la compétence du Chef d’affaires repose sur la combinaison de quatre dimensions complémentaires : la formation initiale, l’expérience du terrain, la formation continue et la transmission du savoir professionnel. Cette combinaison constitue un facteur essentiel de performance pour les chantiers navals de réparation.

Mots-clés : réparation navale ; Chef d’affaires ; arrêt technique ; chantier naval ; cale sèche ; gestion de projet ; ingénierie navale ; expérience professionnelle ; formation continue ; maintenance ; armateur ; classification.


1. Introduction

Dans un chantier naval de réparation, la réussite d’une escale technique ne repose pas uniquement sur la compétence des équipes, la disponibilité des infrastructures ou la qualité des sous-traitants. Elle dépend fondamentalement de la capacité à maîtriser des opérations complexes, à anticiper les risques et à gérer efficacement les nombreux enjeux techniques, humains, opérationnels et financiers qui caractérisent une réparation navale.

C’est précisément dans ce contexte que le Chef d’affaires en réparation navale joue un rôle déterminant.

Véritable chef d’orchestre du projet, il constitue le point central autour duquel s’organise l’ensemble des activités réalisées à bord du navire pendant son escale. Il assure la liaison entre les différentes parties prenantes : l’armateur, l’équipage, les représentants du navire, les autorités, les équipes du chantier, les sous-traitants, les fournisseurs ainsi que les différents services internes de l’entreprise.

Son objectif est simple à énoncer, mais particulièrement complexe à atteindre : livrer le navire dans les délais prévus, dans le respect du budget, des exigences de qualité et des règles de sécurité.

La réparation navale présente en effet une particularité fondamentale : le navire constitue pour l’armateur un actif destiné à produire des revenus, tandis que pour le chantier il représente un projet industriel temporaire dont la durée est strictement limitée.

Chaque heure d’immobilisation doit donc être maîtrisée.

2. Un enjeu majeur : réduire la durée d’immobilisation du navire

Il est évident que tout armateur souhaite voir son navire en exploitation, en haute mer, plutôt qu’immobilisé dans un chantier. Après tout, c’est pour naviguer que les navires sont conçus. Chaque journée d’immobilisation représente potentiellement un manque à gagner important.

C’est pourquoi les arrêts techniques sont généralement planifiés avec des délais aussi courts que possible. Le défi consiste alors à réaliser un volume important de travaux dans une fenêtre temporelle limitée, tout en maintenant un niveau élevé de sécurité et de qualité.

Trouver cet équilibre constitue l’une des principales responsabilités du Chef d’affaires.

Il doit transformer un projet complexe en une succession d’actions maîtrisées, anticiper les difficultés et mobiliser les ressources nécessaires afin de garantir la réussite de l’arrêt technique.

La réduction de la durée d’immobilisation ne signifie cependant pas simplement travailler plus rapidement. Elle consiste avant tout à réduire les temps improductifs : attente de matériel, indisponibilité des équipes, conflits d’accès, mauvaise succession des travaux, défaut de préparation, reprises ou décisions tardives.

Le Chef d’affaires doit donc rechercher en permanence le meilleur équilibre entre délai, coût, qualité et sécurité.

3. Un profil technique doté de solides compétences en gestion

Le Chef d’affaires en réparation navale doit disposer d’un solide parcours dans le domaine maritime et naval, associé à de réelles compétences en management de projet et en gestion financière.

La compétence technique, à elle seule, ne suffit cependant pas.

Il doit également maîtriser ou comprendre plusieurs domaines essentiels :

  • L’ingénierie navale et les aspects techniques des travaux ;
  • La gestion et la planification des projets ;
  • le contrôle des coûts ;
  • les exigences en matière de santé, sécurité, environnement et qualité (HSQE) ;
  • la réglementation applicable ;
  • les exigences des sociétés de classification ;
  • les contraintes liées à l’exploitation des navires ;
  • la communication et la coordination entre les différents intervenants ;
  • la négociation ;
  • la gestion des relations avec les clients et les partenaires.

La maîtrise de l’anglais constitue également une compétence indispensable. Dans un environnement international, l’anglais est la principale langue de communication avec l’équipage, les représentants de l’armateur, les sociétés de classification, les fournisseurs et les autres parties prenantes.

À ces compétences s’ajoute aujourd’hui la capacité à utiliser les outils numériques de planification, de suivi et de reporting. Les systèmes de maintenance planifiée permettent notamment de planifier, enregistrer, analyser et optimiser les opérations de maintenance des équipements et systèmes embarqués. La norme ISO 23323:2021 définit des fonctions minimales pour les systèmes logiciels de maintenance planifiée appliqués aux navires.

Le Chef d’affaires doit donc progressivement devenir un professionnel capable de comprendre aussi bien le fonctionnement technique d’un navire que les mécanismes économiques et organisationnels d’un chantier.


4. Le profil professionnel et la formation du Chef d’affaires en réparation navale

La formation du Chef d’affaires en réparation navale présente une particularité importante : elle ne repose pas uniquement sur une formation académique initiale.

Dans la pratique, une part essentielle de ses compétences se construit progressivement au cours de l’expérience professionnelle.

Il s’agit en effet d’une fonction qui nécessite une connaissance concrète du navire, de ses équipements, des métiers de la réparation, des contraintes du chantier et des réalités opérationnelles d’une escale technique.

Cette connaissance ne peut être acquise entièrement dans une salle de cours.

Elle se développe progressivement au contact du terrain, des équipes et des différents projets de réparation.

4.1. Les parcours professionnels conduisant à la fonction

Les parcours professionnels conduisant à cette fonction peuvent être variés.

On retrouve notamment des ingénieurs navals, des ingénieurs et techniciens issus de spécialités mécaniques, électriques ou industrielles, ainsi que des professionnels ayant une expérience significative à bord des navires, notamment des chefs mécaniciens et des responsables techniques.

Les chefs mécaniciens disposent généralement d’une connaissance pratique approfondie des installations de propulsion, des auxiliaires, des systèmes mécaniques et des contraintes d’exploitation du navire.

Cette expérience constitue une base particulièrement pertinente lorsqu’ils évoluent ensuite vers des fonctions de réparation et de gestion de projets en chantier naval.

De même, un ingénieur naval peut disposer d’une solide formation théorique en architecture navale, mécanique, structures, systèmes navals ou production. Toutefois, son passage par le chantier et son exposition progressive aux réalités de la réparation permettent de transformer ces connaissances théoriques en compétences opérationnelles.

Il ne s’agit donc pas d’opposer formation académique et expérience pratique, mais de les considérer comme deux étapes complémentaires d’un même parcours professionnel.


4.2. La formation par l’expérience

La formation la plus importante du Chef d’affaires est souvent celle qu’il acquiert progressivement par l’expérience.

Cette expérience lui permet notamment d’apprendre à :

  • comprendre rapidement l’état réel d’un navire ;
  • identifier les difficultés potentielles avant le début des travaux ;
  • dialoguer efficacement avec les différents corps de métier ;
  • évaluer la faisabilité d’une réparation ;
  • comprendre les contraintes liées à la chaudronnerie, à la mécanique, à l’électricité, à la tuyauterie, à la peinture ou aux travaux de coque ;
  • anticiper les interfaces entre les différents travaux ;
  • évaluer les conséquences d’une modification du périmètre ;
  • prendre des décisions dans des situations où le temps disponible est limité ;
  • comprendre les contraintes de l’équipage et de l’exploitation du navire ;
  • négocier avec les sous-traitants et les fournisseurs ;
  • communiquer avec l’armateur dans un langage à la fois technique et commercial.

Le passage par les différents secteurs du chantier constitue ainsi une véritable école professionnelle.

La confrontation quotidienne aux problèmes réels permet de développer une capacité d’analyse et de décision qui devient, avec les années, l’un des principaux atouts du Chef d’affaires.

Cette expérience est également importante pour comprendre la réalité des temps de production.

Un professionnel qui a travaillé directement avec les équipes sait que la durée d’une réparation ne dépend pas uniquement du temps théorique nécessaire à l’exécution du travail. Elle dépend également de l’accès, de la préparation, du démontage, de la disponibilité des pièces, des moyens de levage, des échafaudages, de la coactivité, des inspections, des autorisations et des interfaces avec les autres métiers.

C’est cette compréhension globale qui permet au Chef d’affaires expérimenté de construire des plannings réalistes.


4.3. L’importance de la formation pratique dans le chantier

L’expérience acquise dans les ateliers et à bord du navire est particulièrement importante.

Un Chef d’affaires qui connaît concrètement les méthodes de travail utilisées par les équipes de mécanique, de chaudronnerie, de tuyauterie, d’électricité, de soudage, de peinture ou d’échafaudage est mieux placé pour évaluer les délais, identifier les contraintes et comprendre les difficultés rencontrées par les équipes.

Cette connaissance pratique lui permet également de distinguer une difficulté réellement bloquante d’un problème pouvant être résolu rapidement par une adaptation de l’organisation.

Dans le domaine des réparations de structures de coque, les exigences de qualité sont particulièrement importantes. La recommandation IACS 47 traite notamment de la qualité des réparations des structures de coque des navires existants et précise des exigences relatives aux réparateurs, aux conditions de réalisation, à la qualification des soudeurs et aux procédures de soudage.

Le Chef d’affaires doit donc comprendre suffisamment ces exigences pour pouvoir coordonner efficacement les travaux, dialoguer avec les spécialistes et anticiper les interventions nécessitant l’implication de la société de classification.

La présence sur le terrain devient ainsi non seulement un outil de management, mais également un outil permanent de formation professionnelle.


4.4. La formation continue

L’expérience ne constitue cependant pas une formation suffisante à elle seule.

Le Chef d’affaires doit également maintenir et développer ses compétences par une formation continue.

Le secteur naval évolue constamment : nouvelles réglementations, évolution des exigences des sociétés de classification, nouvelles technologies, nouveaux matériaux, méthodes de contrôle, exigences environnementales, digitalisation des processus et évolution des systèmes embarqués.

Des formations complémentaires peuvent ainsi concerner :

  • la gestion de projet ;
  • la planification et le suivi des travaux ;
  • la gestion financière et le contrôle des coûts ;
  • la qualité ;
  • la santé, la sécurité et l’environnement ;
  • les réglementations maritimes ;
  • les règles et exigences des sociétés de classification ;
  • les techniques de soudage et de contrôle non destructif ;
  • les systèmes mécaniques, électriques et automatisés ;
  • la gestion contractuelle ;
  • la négociation ;
  • le management des équipes ;
  • les outils numériques de gestion de projet ;
  • la communication professionnelle ;
  • l’anglais maritime.

La formation continue permet donc de compléter l’expérience acquise sur le terrain et d’éviter que les compétences du Chef d’affaires ne deviennent progressivement obsolètes.

La formation du Chef d’affaires doit ainsi être considérée comme un processus continu, associant :

formation initiale → expérience maritime → expérience en chantier → apprentissage au contact du terrain → retour d’expérience → formation continue.

Cette combinaison constitue l’un des fondements du développement professionnel d’un Chef d’affaires performant.


5. Le lien entre le navire et le chantier

Le navire arrive au chantier avec une spécification technique et un programme de travaux qui doivent être analysés, planifiés et adaptés aux conditions réelles de l’escale.

Le Chef d’affaires doit notamment anticiper les éventuelles interférences entre les différents travaux programmés et identifier les solutions permettant de traiter les problèmes susceptibles d’apparaître lors des inspections, de l’ouverture des équipements ou de la mise en cale sèche.

De son côté, le chantier doit mobiliser les ressources techniques et humaines nécessaires, organiser les interventions des sous-traitants et assurer la disponibilité des matériaux et des équipements.

L’ensemble de ces actions doit être coordonné de manière étroite avec le Chef d’affaires.

Celui-ci constitue donc l’interface entre deux mondes : les exigences de l’armateur et les capacités opérationnelles réelles du chantier.

Il transforme les besoins exprimés par le client en travaux réalisables, planifiés et exécutables dans les meilleures conditions.

Lorsque les travaux concernent des éléments relevant de la classification, cette interface devient encore plus importante. Les réparations de structures couvertes par la classification doivent être réalisées selon les exigences applicables et, dans les situations concernées, sous la supervision de la société de classification.


6. Anticiper avant l’arrivée du navire

La réussite d’un arrêt technique commence bien avant l’arrivée du navire au chantier.

La phase de préparation est fondamentale. Le Chef d’affaires analyse les travaux prévus et détermine les moyens nécessaires à leur réalisation :

  • main-d’œuvre ;
  • matériaux ;
  • pièces de rechange ;
  • équipements de levage ;
  • échafaudages ;
  • moyens de soudage ;
  • alimentation électrique ;
  • moyens mécaniques ;
  • chaudronnerie ;
  • peinture ;
  • contrôles non destructifs ;
  • essais et inspections ;
  • autres services nécessaires au navire pendant son arrêt technique.

Cette préparation permet d’éviter l’une des principales causes de retard dans la réparation navale : le temps perdu à attendre une ressource, une pièce, un équipement ou une décision.

Un Chef d’affaires performant ne découvre donc pas les problèmes lorsque le navire est déjà au bassin. Il cherche à les identifier et à les traiter en amont.

La préparation doit également intégrer les inspections prévues, les exigences de la classe, les accès nécessaires, les moyens de levage et d’échafaudage ainsi que les conditions de sécurité nécessaires à l’exécution des travaux.

La recommandation IACS 47 souligne notamment l’importance de conditions de travail permettant de réaliser les réparations dans de bonnes conditions, avec une accessibilité, des échafaudages, un éclairage et une ventilation appropriés.


7. Maîtriser le planning

Une réparation navale est, par nature, une course contre la montre.

Le navire doit repartir à la date prévue et chaque retard peut avoir des conséquences économiques importantes pour l’armateur comme pour le chantier.

Le Chef d’affaires doit donc établir, suivre et mettre à jour en permanence le planning de réparation. Il identifie les opérations critiques et organise les travaux de manière à permettre, lorsque cela est possible, leur réalisation en parallèle.

Dans son pilotage quotidien, trois questions doivent constamment être posées :

Où en sommes-nous ?

Qu’est-ce qui risque de nous retarder ?

Que devons-nous faire maintenant pour éviter ce retard ?

Le planning n’est donc pas simplement un document administratif. Il constitue un véritable outil quotidien de pilotage opérationnel.

Il doit évoluer en fonction de la réalité du chantier.

Une réparation navale est rarement totalement linéaire : les découvertes réalisées après ouverture d’un équipement, les inspections, les contrôles ou les démontages peuvent modifier le périmètre initial.

Le Chef d’affaires doit donc gérer simultanément le planning initial et les modifications qui apparaissent pendant l’exécution.


8. Résoudre les problèmes avant qu’ils ne deviennent des retards

Dans une réparation navale, les imprévus sont inévitables.

Une tôle ou une tuyauterie peut être plus détériorée que prévu. Une pièce de rechange peut arriver en retard. Une inspection peut révéler une anomalie supplémentaire. Une intervention peut nécessiter des travaux complémentaires.

Dans ce contexte, le rôle du Chef d’affaires ne consiste pas simplement à constater les problèmes. Il doit être capable de proposer rapidement des solutions et d’en évaluer les conséquences.

Pour chaque difficulté, il doit notamment mesurer :

  • l’impact technique ;
  • l’impact sur la sécurité ;
  • l’impact sur le planning ;
  • l’impact financier ;
  • les ressources supplémentaires nécessaires.

Le suivi quotidien des indicateurs de performance, notamment des KPI de progression, permet d’identifier rapidement les écarts et de mettre en place les actions correctives nécessaires.

Une communication régulière et transparente avec l’armateur est également essentielle. Celui-ci doit être informé des problèmes identifiés, de leurs conséquences potentielles et des solutions proposées.


9. Respecter le budget

La maîtrise des coûts constitue une autre responsabilité essentielle du Chef d’affaires.

Il doit suivre avec précision les heures de main-d’œuvre, les coûts des matériaux, les travaux sous-traités ainsi que les éventuels travaux supplémentaires.

Des indicateurs de productivité permettent notamment d’identifier les principales sources de perte d’efficacité :

  • temps d’attente ;
  • préparation insuffisante ;
  • déplacements inutiles ;
  • travaux réalisés à plusieurs reprises ;
  • mauvaise coordination entre les différents métiers ;
  • absence de matériel ou d’outillage ;
  • erreurs d’exécution.

Cependant, maîtriser les coûts ne signifie jamais sacrifier la qualité.

Une réparation mal exécutée peut provoquer une nouvelle panne après le départ du navire et générer des coûts bien supérieurs, aussi bien pour l’armateur que pour le chantier.

La meilleure économie reste souvent de bien réaliser le travail dès la première intervention.


10. Identifier les travaux supplémentaires

La période de réparation représente également une opportunité pour l’armateur.

Lorsque le navire est déjà immobilisé au chantier, certaines interventions correctives ou préventives peuvent être réalisées beaucoup plus facilement que pendant son exploitation.

Le Chef d’affaires doit donc rester attentif aux besoins supplémentaires qui apparaissent au cours de la réparation.

En collaboration avec l’équipage et le représentant de l’armateur, il peut notamment identifier :

  • des équipements mécaniques, électriques ou autres nécessitant une inspection ou une intervention ;
  • des tuyauteries ou des tôles à remplacer ;
  • des travaux de peinture ;
  • des interventions exigées par la société de classification ;
  • des opérations préventives susceptibles d’éviter une future immobilisation.

Cette capacité à identifier les besoins complémentaires permet au chantier d’accroître la valeur apportée au client et, simultanément, de développer son chiffre d’affaires au cours de la même escale.

L’objectif n’est pas de multiplier artificiellement les travaux, mais de profiter intelligemment de l’immobilisation du navire pour réaliser des interventions pertinentes qui auraient autrement nécessité une nouvelle escale.


11. Être présent sur le terrain

Le rôle du Chef d’affaires exige une présence régulière sur le terrain, à bord du navire comme dans les ateliers.

Il doit constater l’avancement réel des travaux, échanger avec les équipes et comprendre immédiatement les difficultés rencontrées.

Cette proximité opérationnelle lui permet également de communiquer efficacement avec les différents intervenants et de détecter rapidement les écarts entre le planning théorique et la réalité du terrain.

Dans la réparation navale, certains problèmes ne peuvent être correctement évalués depuis un bureau. La présence sur le terrain reste donc un élément essentiel du pilotage du projet.

Elle constitue également un prolongement naturel de la formation professionnelle du Chef d’affaires.

Chaque escale représente une nouvelle expérience, avec ses propres particularités techniques, ses contraintes et ses imprévus.

L’expérience accumulée au fil des escales devient ainsi progressivement un véritable capital professionnel.


12. Faire travailler ensemble des métiers différents

Une réparation navale mobilise de nombreux métiers et spécialités.

Un même équipement peut nécessiter l’intervention successive ou simultanée de plusieurs équipes :

chaudronnerie, mécanique, électricité, automatisme, peinture, aménagement, contrôle et essais.

Une mauvaise coordination entre deux équipes peut provoquer plusieurs heures, voire plusieurs jours, de retard.

Le Chef d’affaires doit donc organiser les interfaces entre les différents métiers, anticiper leurs besoins respectifs et créer une véritable synergie entre les intervenants.

La réussite du projet dépend en grande partie de cette capacité à faire travailler ensemble des équipes aux compétences et aux contraintes différentes autour d’un même objectif.


13. La satisfaction du client comme indicateur de performance

À la fin de la réparation, le véritable succès ne se résume pas à terminer les travaux.

Le succès consiste à livrer le navire dans les délais, dans le respect du budget et des exigences de qualité, tout en garantissant la satisfaction de l’armateur.

Un armateur satisfait est un client susceptible de revenir avec son prochain navire.

La qualité de la relation construite pendant l’escale constitue donc un véritable avantage commercial pour le chantier.

Le Chef d’affaires joue ici un rôle essentiel : il représente quotidiennement le chantier auprès du client et contribue directement à la perception que celui-ci aura de la qualité de l’organisation.

La transparence, la réactivité, la capacité à expliquer les difficultés et la recherche de solutions constituent des éléments fondamentaux de cette relation.


14. Un poste stratégique pour les chantiers navals

Dans un marché de la réparation navale de plus en plus compétitif, les infrastructures seules ne suffisent plus.

Un bassin, une cale sèche ou un Syncrolift constituent des outils essentiels, mais ils ne garantissent pas, à eux seuls, la rentabilité et la réussite d’un arrêt technique.

La véritable performance réside dans la capacité à transformer ces infrastructures en outils de production efficaces.

C’est précisément là que le Chef d’affaires et son équipe apportent une valeur déterminante.

Ils contribuent directement à :

  • réduire les délais ;
  • maîtriser les coûts ;
  • améliorer la qualité ;
  • augmenter la productivité ;
  • développer les travaux complémentaires ;
  • améliorer la relation client ;
  • fidéliser les armateurs.

15. Une fonction fondée sur la compétence, l’expérience et la capacité d’adaptation

La complexité croissante des navires et des opérations de réparation renforce encore davantage l’importance du facteur humain.

Un Chef d’affaires performant doit être capable d’apprendre continuellement, de capitaliser sur les expériences précédentes et d’adapter ses méthodes à chaque nouveau navire et à chaque nouvelle situation.

Il n’existe pas deux arrêts techniques totalement identiques.

Même lorsqu’un chantier réalise régulièrement les mêmes types d’interventions, les conditions réelles peuvent varier considérablement en fonction de l’âge du navire, de son état, de son historique de maintenance, de son exploitation, de la disponibilité des pièces et des exigences spécifiques de l’armateur.

L’expérience permet précisément de développer cette capacité d’adaptation.

Le Chef d’affaires expérimenté ne se contente pas d’appliquer une procédure. Il sait interpréter une situation, identifier les priorités, mobiliser les bonnes compétences et décider rapidement lorsque les circonstances l’exigent.

Cette capacité d’adaptation doit être accompagnée d’une actualisation régulière des connaissances techniques et réglementaires.


16. Le rôle de la transmission du savoir professionnel

La formation du Chef d’affaires ne doit pas être considérée comme un processus strictement individuel.

Dans le secteur de la réparation navale, une partie importante du savoir-faire repose sur l’expérience accumulée par les professionnels au cours de nombreuses années.

Ce savoir concerne notamment la compréhension des navires, les méthodes de réparation, l’organisation des arrêts techniques, les contraintes des différents métiers, les relations avec les armateurs, les sous-traitants, les fournisseurs et les sociétés de classification.

Une partie de ces connaissances est difficilement transmissible par les seuls manuels ou cursus académiques.

La transmission directe de l’expérience entre professionnels constitue donc un élément essentiel du développement des nouvelles générations.

Les ingénieurs navals, chefs mécaniciens, responsables techniques, chefs d’équipe et Chefs d’affaires expérimentés ont ainsi un rôle important à jouer dans la transmission des connaissances pratiques aux professionnels qui évoluent progressivement vers des fonctions de responsabilité.

Cette transmission permet également de capitaliser sur les retours d’expérience des différentes escales et d’éviter que les mêmes erreurs ne soient reproduites.

Le développement des compétences repose ainsi sur une véritable chaîne de transmission :

formation académique → expérience du terrain → retour d’expérience → transmission du savoir → formation continue → montée en compétence.


17. Le véritable chef d’orchestre de la réparation

Le Chef d’affaires en réparation navale est finalement beaucoup plus qu’un simple coordinateur administratif.

Il est à la fois technicien, planificateur, gestionnaire, négociateur, coordinateur et interlocuteur privilégié du client.

Il doit connaître les contraintes du chantier, comprendre les exigences du navire, anticiper les difficultés et être capable de prendre rapidement les décisions appropriées.

Son rôle peut se résumer en une formule :

Le bon Chef d’affaires ne se contente pas de gérer les travaux. Il fait en sorte que l’ensemble de la réparation fonctionne comme un système cohérent et performant.

Dans une réparation navale, chaque heure compte, chaque erreur a un coût et chaque retard peut avoir des conséquences importantes.

C’est pourquoi disposer de Chefs d’affaires expérimentés, capables de comprendre les enjeux techniques, économiques et humains d’une escale et de parler le langage du monde maritime, constitue un véritable avantage compétitif.

Cette expertise ne s’acquiert pas uniquement par la formation académique.

Elle se construit progressivement à travers l’expérience du terrain, la connaissance des métiers de la réparation, la confrontation à des situations réelles, le retour d’expérience et la formation continue.

Un professionnel issu de l’ingénierie navale ou disposant d’une expérience maritime et technique significative, notamment comme chef mécanicien, peut ainsi développer progressivement les compétences nécessaires pour exercer cette fonction, à condition de compléter son expérience technique par des compétences en gestion, en planification, en finances, en communication, en négociation et en management.

La formation du Chef d’affaires doit donc être considérée comme un processus continu associant formation initiale, expérience pratique, apprentissage au sein du chantier, retour d’expérience et formation continue.

Un chantier performant ne se mesure pas uniquement à la qualité de ses infrastructures et de ses équipements.

Il se mesure également à la qualité des femmes et des hommes capables de les mettre en œuvre efficacement.

Et au cœur de cette organisation, le Chef d’affaires en réparation navale joue un rôle véritablement stratégique.

Conclusion générale

La réparation navale est une activité dans laquelle la performance industrielle dépend de la capacité à coordonner simultanément des contraintes techniques, humaines, économiques et temporelles.

Dans cette organisation, le Chef d’affaires occupe une position centrale.

Il est l’interlocuteur privilégié de l’armateur, le coordinateur des différentes parties prenantes et le responsable de la transformation d’un besoin de réparation en un ensemble de travaux planifiés, exécutés et contrôlés.

Son efficacité dépend d’abord de sa capacité à comprendre le navire et les réalités du chantier.

C’est pourquoi l’expérience professionnelle constitue une composante essentielle de sa formation.

Une formation académique solide, notamment en ingénierie navale ou dans une discipline technique, constitue une base importante. Mais elle doit être complétée par une expérience pratique permettant de comprendre les réalités des ateliers, des travaux à bord, des différents métiers et des contraintes d’une escale technique.

Les professionnels issus de l’ingénierie navale, ainsi que les chefs mécaniciens et autres responsables techniques disposant d’une expérience maritime significative, peuvent ainsi constituer des profils particulièrement adaptés à l’évolution vers la fonction de Chef d’affaires.

Cette expérience doit ensuite être constamment enrichie par la formation continue.

La réglementation, les exigences des sociétés de classification, les technologies, les méthodes de maintenance, les outils numériques et les pratiques de gestion évoluent continuellement. Le professionnel doit donc conserver une attitude d’apprentissage permanent.

La compétence du Chef d’affaires repose finalement sur la combinaison de plusieurs dimensions :

savoir académique, savoir technique, expérience du terrain, capacité de décision, compétences managériales et formation continue.

À ces dimensions individuelles s’ajoute la transmission du savoir professionnel. La pérennité du secteur de la réparation navale dépend en grande partie de la capacité à transmettre l’expérience accumulée aux nouvelles générations.

Dans un marché international de plus en plus compétitif, les infrastructures seules ne suffisent donc plus.

Un chantier peut disposer d’une cale sèche moderne, d’un bassin performant, d’un Syncrolift, d’ateliers bien équipés et d’importants moyens matériels. Mais ces infrastructures ne produiront leur pleine valeur que si elles sont accompagnées par des professionnels capables de les exploiter avec efficacité.

La véritable compétitivité d’un chantier repose ainsi sur la combinaison de ses moyens industriels et de son capital humain.

Au cœur de ce capital humain, le Chef d’affaires en réparation navale joue un rôle déterminant.

Il est, en définitive, le véritable chef d’orchestre de l’escale technique.

Références bibliographiques et techniques

[1] IACS – International Association of Classification Societies. Recommendation No. 47 – Shipbuilding and Repair Quality Standard, Rev.10 Corr.1. IACS, version courante publiée en 2025. La recommandation traite notamment des standards de qualité applicables à la construction et à la réparation, des exigences relatives aux réparateurs, à la qualification du personnel, au soudage et aux matériaux.

[2] IACS – International Association of Classification Societies. Recommendation No. 47 – Shipbuilding and Repair Quality Standard, Part B: Repair Quality Standard for Existing Ships. Cette recommandation fournit notamment des orientations sur la qualité des réparations permanentes des structures de coque des navires existants.

[3] ISO – International Organization for Standardization. ISO 23323:2021 – Ships and marine technology — Specification for software-based planned maintenance systems. ISO, 2021. La norme définit les fonctions minimales des systèmes logiciels de maintenance planifiée, notamment pour la planification, l’enregistrement, le reporting, l’analyse et l’optimisation des opérations de maintenance.

[4] International Maritime Organization (IMO). International Safety Management (ISM) Code. Cadre international relatif à la gestion de la sécurité des navires et à l’organisation des systèmes de gestion de la sécurité et de la maintenance.

[5] International Association of Classification Societies (IACS). Unified Requirements. Ensemble d’exigences techniques développées dans différents domaines de la classification navale et régulièrement actualisées.


À propos des auteurs

Dr. Mohammed Reda Chakkor, PhD

Naval Architect – Ancien Directeur du chantier naval CERNAVAL

Le Dr. Mohammed Reda Chakkor est Naval Architect et ancien Directeur du chantier naval CERNAVAL. Son parcours professionnel est lié à l’ingénierie navale ainsi qu’à la gestion des activités de construction et de réparation navales.

Son expérience de direction au sein d’un chantier naval constitue une contribution particulière à l’analyse du rôle du Chef d’affaires et de la gestion des arrêts techniques.

Khalil Benjeloun

Ex-Directeur Commercial – DAMEN Dunkerque Shiprepair Executive MBA – ESADE

Khalil Benjeloun est ancien Directeur Commercial de DAMEN Dunkerque Shiprepair et titulaire d’un Executive MBA de l’ESADE.

Son expérience professionnelle dans le domaine de la réparation navale apporte notamment une perspective complémentaire sur la relation avec les armateurs, le développement commercial, la gestion des projets de réparation et les enjeux économiques d’une escale technique.

Mustapha Chaye

Ancien Chef de Division de la Sécurité Maritime. Direction de la Marine marchande du Maroc
Ancien Chargé d’affaires –  Chef des ateliers mécaniques et électriques. Chantier Naval CAM

Mustapha Chaye dispose d’une expérience professionnelle dans les domaines de la sécurité maritime, de la gestion des affaires de réparation et de la supervision des ateliers mécaniques et électriques. Son parcours apporte à l’article une dimension particulièrement opérationnelle, notamment en matière de coordination des travaux, de gestion des équipes techniques et de compréhension des contraintes liées à la sécurité et à l’exploitation des installations navales.